Le
" miracle champenois "
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Un
instant exquis
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Ces
hommes des années 1480-1560, ont laissé des traces
assez sensibles pour que nos yeux et peut-être nos coeurs
puissent encore les déchiffrer sans trop de peines.
Si depuis longtemps les Champenois se considèrent
comme français, la Champagne du XVIe siècle a sa spécificité,
on la redécouvre : ses monuments, ses peintures,
ses sculptures, ses vitraux, les livres
sortis des presses de ses imprimeurs, sont encore nombreux
et par eux un écho réel de la foi, des douleurs et des
espoirs de ses habitants nous parvient toujours.
Les historiens de l'art ont tenté d'approfondir le
"miracle champenois" de la Renaissance : cet instant
exquis environ où le Moyen-Âge encore vigoureux trouve
assez de forces pour renouveler des formes anciennes en
particulier par le moyen de la gravure imprimée,
et dans le même temps pour accepter la brise d'Italie
par le truchement en apparence innocent de simples
motifs décoratifs. |
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Un
souffle de l'Italie
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Comme
dans d'autres régions d'Europe, le souffle de l'Italie
pénètre doucement et comme par accident, par le biais
de la décoration.
Pour le vitrail et la sculpture monumentale,
ce sont ces guirlandes de putti ou de fleurs qui courent
tout autour d'une verrière ou qui ornent l'entablement
ou les piedroits d'une porte ; pour la statuaire
c'est par une expression un peu plus accentuée ; pour
l'architecture les formes classiques (arcatures
en plein cintre, colonnes à chapiteaux antiques...)
apparaissent timidement au milieu du siècle aux côtés
des formes "gothiques" flamboyantes ; ainsi à la façade
occidentale de l'église de Pont-Sainte-Marie.
Vers 1560 le classicisme l'emporte par exemple
au portail occidental de Saint-André-les-Vergers ou
à l'église Saint-Pantaléon de Troyes.
Le " miracle Champenois " serait ce temps d'équilibre
qui s'est prolongé plus longtemps qu'ailleurs entre
la vigueur soutenue des formes gothiques, l'assimilation
du réalisme flamand et germanique et la tentation acceptée
de l'expressionnisme italianisant.
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| A la fin
de ce glissement, les artistes ont continué avec virtuosité
à sculpter des angelots et des corbeilles de fleurs tout
en délaissant le cadre " gothique " marqué par les lignes
ascendantes, pour des structures classiques plates, rythmées
par des lignes horizontales soutenues par des colonnes
plus ou moins à l'imitation de l'antique. |
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Une
terre de chefs-d'oeuvre
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Ces
éléments conjugués ont donné des chefs-d'oeuvre : le sépulcre
de Chaource, le jubé de l'église de La Madeleine de Troyes,
le panneau sculpté du jubé en bois de Villemaur d'après
Schöengauer, le retable de Géraudot, le vitrail de l'Apocalypse
de Chavanges d'après Dürer, la Sainte-Marguerite de Bouilly...
Si ces merveilles d'équilibre nous touchent encore c'est
en grande partie à cause de cette synthèse dont elles
sont le fruit. |
En effet
que ce soit au XIIe siècle, sous l'autorité éclairée des
comtes ou plus tard des patriciens-marchands, les villes
de Champagne, Troyes tout particulièrement, ont toujours
été lieux d'échanges et de brassage, ouverts sur toute
l'Europe celle du nord jusqu'à la Baltique, et du sud
jusqu'aux portes de l'Orient.
Une telle vocation et de telles habitudes ont donné aux
Champenois non seulement une vision large du monde mais
une bonne compréhension de la spécificité du royaume et
de leur province. |
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Pierre
Leroy, Collège de France, Conseiller Scientifique du
PNRFO © PNRFO
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